Gestion des praires équines
À l’inverse des ruminants, le cheval est un monogastrique se caractérisant, d’un point de vue physiologique, par sa mastication efficace et sa digestion rapide 36 h (contre 72h chez les bovins) et, d’autre part, sur le plan anatomique avec son estomac réduit 15 à 18 litres (contre environ 230 litres chez les bovins) et un gros intestin (caecum, côlon, rectum) très développé, d’environ 145 litres (contre environ 35 litres chez les bovins).
Ces nombreuses spécificités physiologiques et anatomiques expliquent le comportement des chevaux envers leur nourriture, les rendant méticuleux et lents, parfois gaspilleurs et généralement difficiles. Ils préféreront des rations faciles à ingérer et à digérer.
Les prairies seront conditionnées selon ses particularités, ce qui rendra la valorisation de l’herbe plus complexe. La gestion des prairies constitue un pilier fondamental du fonctionnement des structures équestres. Elle conditionne la qualité du fourrage, la portance des sols, la santé des chevaux et l’équilibre agroécologique des parcelles.
Cependant, il n’existe pas gestion de prairie parfaite, mais plutôt un ensemble de bonnes pratiques permettant d’améliorer durablement les performances des prairies, de maitriser les coûts d’exploitation tout en préservant la biodiversité.
Quels types de pâturage privilégier pour une gestion optimale des prairies ?
Le pâturage tournant
Le pâturage tournant, ou pâturage en rotation reste la solution la plus optimale.
Il consiste à faire pâturer les chevaux dans plusieurs (3 à 5) parcelles successivement afin qu’ils consomment l’herbe au stade optimum (10 à 15 cm de haut) et à les changer de parcelle quand l’herbe atteint une hauteur de (5 cm) afin d’éviter le surpâturage. Un retour dans la première parcelle se fera entre 25 et 30 jours au printemps et entre 30 et 35 jours en été selon les régions et les conditions météorologiques.
À titre d’information, en Normandie, on comptera une surface de 40 à 50 ares / UGB au printemps en fonction de la densité et de la qualité de la prairie. Les surfaces seront portées entre 60 et 80 ares / UGB en été en fonction de sensibilité au stress hydrique dû à la sécheresse.
Cette méthode de pâturage présente de nombreux avantages :
- Évite le surpâturage,
- Évite le développement des adventices (espèces prairiales indésirables telles que le rumex ou la renoncule),
- Diminue les zones de refus,
- Limite la dégradation de la prairie,
- Améliore la qualité de l’herbe,
- Augmente le rendement fourrager,
Les inconvénients quant à eux, restent négligeables, mais :
- Coûts des clôtures plus élevés,
- Demande un parcellaire groupé afin de faciliter les rotations de parcelles,
- Demande davantage de manipulation,
Nécessite un temps de repos l’hiver de 2 mois minimum
Cependant lors des périodes hivernales où la portance des sols ne permettent pas le pâturage des chevaux, on pratiquera le pâturage continu sur une parcelle, elle sera sacrifiée pour ne pas dégrader les autres parcelles.
Cependant, le pâturage tournant ne constitue pas une solution miracle. S’il n’est pas associé à de bonnes pratiques, les résultats resteront limités. À lui seul, il ne permettra pas de résoudre l’ensemble des problématiques liées à la gestion des prairies ; il devra donc être combiné à des pratiques adaptées à chaque particularité du sol afin d’en tirer pleinement les bénéfices.
Le pâturage continue
De plus, lorsque la valorisation de l’herbe n’est pas l’objectif et que celle-ci n’est qu’un complément alimentaire, de nombreuses structures préfèrent le pâturage continue. Celui-ci consiste à grader les chevaux sur la même parcelle tout au long de l’année peu importe la saison.
Ce type de pâturage, bien que plus simple à mettre en œuvre apporte de nombreux inconvénients car il exerce une forte pression sur la parcelle, entrainant :
- Une augmentation des zones de refus et de sol nu
- Une dégradation de la qualité de l’herbe et des espèces présentes
- Une moins bonne croissance des jeunes chevaux
- Une limitation du nombre de chevaux par parcelle
- Apparition d’espèces prairiales indésirables et peu appétentes
Elle présente néanmoins quelques intérêts comme :
- Réduction des clôtures
- Manipulation des chevaux réduite
- Meilleure adaptation aux grandes parcelles
Bonnes pratiques à appliquer pour une conduite optimale des prairies équines
Éviter le surpâturage
Même lorsque la portance des sols le permet, le surpâturage a pour conséquence principale que les chevaux consomment l’herbe jusqu’à ce que sa hauteur passe en dessous des 5 cm recommandés. Plus la plante est pâturée ras, plus sa capacité de régénération est limitée. En conditions sèches et de fortes chaleurs, les repousses ont tendance à griller sur pied, ce qui favorise l’apparition de zones de sol nu. Cela est ainsi propice au développement des adventices.
Associée à la mort de la plante, on observe une réduction du réseau racinaire, entraînant une diminution de la capacité du sol à absorber l’eau, avec une perméabilité pouvant être réduite à 1 mm/h.
Éviter au maximum de solliciter les sols non portants
On limitera l’accès aux prairies dont la portance du sol n’est pas suffisante afin d’éviter que les chevaux ne dégradent la prairie. Ainsi, au printemps, on réduira l’apparition de zones de terre nue, qui freinent la pousse de l’herbe et favorisent le développement d’adventices telles que le plantain par exemple (plante bioindicatrice du surpâturage).
Favoriser le repos hivernal des prairies
On laissera les prairies au repos en hiver pendant au moins deux mois, ce qui permettra aux graminées (ray-grass, fétuque, dactyle, pâturin), durant cette période, de reconstituer leurs réserves. Un pâturage trop intensif en hiver perturbe cet équilibre et entraîne l’épuisement des réserves des plantes. Le réseau racinaire est alors moins développé, ce qui impacte la perméabilité de la prairie et sa capacité à faire face aux intempéries. La parcelle aura ainsi plus de difficultés à redémarrer au printemps.
Sacrifier une parcelle ou avoir un espace dédié pour l’hiver
Afin d’éviter de solliciter les parcelles qui serviront aux saisons estivales, en fonction de la surface dont nous disposons, plusieurs possibilités existent :
- Pour les petites surfaces nous conseillerons d’aménager dans la mesure du possible des paddocks stabilisés en sable ou non, ce qui permettra aux chevaux de sortir l’hiver sans endommager les prairies,
- Pour les grandes surfaces, l’aménagement d’un accès stabilisé à l’herbage permet de limiter le piétinement. Selon la nature du sol, il est préférable de privilégier les parcelles présentant une bonne capacité de drainage, les sols sableux étant, par exemple, plus drainants que les sols argileux.
Nous rappelons que les chevaux dans les deux cas devront disposer de foin en quantité.
Broyer ou faucher les refus deux fois par an & herser les prairies afin d’aérer le sol
En amont, les parcelles destinées au pâturage à partir du printemps devront être pâturées de manière homogène. Les zones de refus seront fauchées ou gyrobroyées au moins deux fois par an, avant la montée en graines des adventices, afin d’en limiter la prolifération.
Le passage de la herse, au minimum une fois par an, sera nécessaire afin de décompacter et d’aérer les sols. Cette aération favorise le développement des champignons du sol (estimés entre 1 et 2 tonnes par hectare), dont le rôle dans la fertilité est majeur. En effet, à de rares exceptions près, les champignons ont besoin d’oxygène pour se développer.
Ces champignons remplissent plusieurs fonctions. D’une part, ils jouent un rôle ménanique en assurant la stabilité du sol grâce aux fins maillages de mycélium qui enrobent et lient les particules du sol. D’autre part, leur rôle le plus déterminant réside dans leur capacité, quasi exclusive, outre quelques bactéries à dégrader la lignine présente dans les végétaux. Or, cette lignine constitue la principale source de formation de l’humus du sol.
L’aération du sol favorise ainsi la relance de la végétation. Elle permet également, de niveler la surface, d’arracher les mousses et les végétaux morts, ainsi que d’éliminer les taupinières et les crottins.
Toutefois, le hersage peut s’avérer néfaste si les conditions de portance du sol ne sont pas suffisantes pour le passage du tracteur. Il devra être réalisé sur des sols réchauffés et ressuyés. De plus, cette pratique n’est pas recommandée si le cheptel est peu ou mal verfimugé, car la dispersion des crottins augmente le risque de dissémination des parasites.
Ruser avec la topographie du terrain
Il faudra également composer avec la topographie et la morphologie du terrain. Qu’il s’agisse de zones en hauteur, abritées ou dégagées, les équidés présentent des préférences de pâturage bien définies. Il conviendra ainsi, d’adapter la gestion des parcelles afin de contrebalancer ces comportements.
Sur un terrain en pente, les chevaux privilégieront naturellement les zones en hauteur, en particulier lorsque le bas de la prairie est humide, embroussaillé ou encaissé. Afin de favoriser une utilisation plus homogène de la surface, il sera pertinent de découper la prairie en plusieurs parcelles perpendiculaires à la pente, cela permettra d’encourager les chevaux à pâturer les zones basses.
Association bovins-équins (pâturage mixte) peut être envisagée
Il est également possible de mettre en place un pâturage mixte avec des bovins, en alternance ou en simultané. La complémentarité de leurs modes de pâturage a un impact positif sur l’état de la prairie. Les bovins réalisent en effet un pâturage moins sélectif et moins ras que les équins, ce qui permet de limiter les zones de refus.
Un autre avantage réside dans le fait que les bovins et les équins partagent très peu de parasites communs. Cette méthode de lutte alternative contribue à réduire la pression parasitaire et, par conséquent, à alléger les protocoles de vermifugation.
Récolte de fourrage
Afin d’optimiser la récolte fourragère, il conviendra de faucher précocement, idéalement au début de l’épiaison selon les conditions météorologiques. Cette pratique permet d’obtenir un fourrage de meilleure qualité nutritionnelle. Les prairies sont ainsi, moins sollicitées par la montée en graines, ce qui favorise une repousse plus rapide lors du retour des précipitations.
Afin de favoriser cette repousse, une hauteur de coupe comprise entre 6 et 8cm (hauteur de cheville) est recommandée. Une coupe trop basse (inférieure à 5cm) augmente les risques de contamination du fourrage par la terre.
Fertilisation minérale, organique, calcaire
Dans l’objectif d’améliorer les performances en termes de production d’herbe plusieurs techniques existes :
La fertilisation minérale notamment par apport d’azote, permet d’augmenter la production d’herbe. Toutefois, cette pratique peut se faire au détriment de la qualité nutritionnelle du fourrage, celui-ci étant souvent moins riche en nutriments.
L’amendement organique consiste à apporter de la matière organique sous forme de compost ou de fumier. Le compost est à privilégier, car il est exempt de parasites, contrairement au fumier brut. Cette matière organique nourrit la faune du sol, qui contribue ensuite à la nutrition des plantes.
L’amendement calcique (ou marnage) consiste à apporter du calcium (composant du calcaire) afin d’améliorer la structure du sol et de redresser le ph de la prairie. Ce calcium permet d’améliorer la qualité de l’herbe car celui-ci va améliorer la capacité du sol à échanger des nutriments avec la plante via ses son système racinaire. L’acidité du sol étant défavorable aux espèces fourragères et favorable à certaines adventices (comme la renoncule rampante, dite « bouton d’or »), la correction du pH permet de renforcer la croissance des plantes fourragères.
Quand le mal est fait, comment rénover une prairie ?
Lorsque les prairies sont fortement dégradées, une rénovation devient nécessaire. Cette intervention doit impérativement s’accompagner d’un changement de pratiques afin d’assurer la pérennité du couvert végétal.
Le passage du rouleau ne s’effectue pas sur les prairies pâturées convenablement. En temps normal, le tassement des chevaux assure un tassement suffisant du sol. Cependant en hiver, le dégel, le gel et le passage des animaux, le roulage devient réellement pertinent.
Le passage du rouleau permettra de niveler le terrain et d’éliminer les marques laissées par les chevaux lors de leur passage sur cette prairie.
Ce nivelage permet au sol de retrouver sa structure optimale. Ce qui permettra aux micro-organismes du sol de se développer dans de bonnes conditions. Il permettra également de lutter contre certaines adventices (berces, lamier blanc) ou larves gênantes par leur écrasement.
Il favorisera le tallage des graminées et plaquera au sol le reste de fumier, ce qui évitera l’éventuelle reprise dans le fourrage récolté.
Attention à ne pas tasser la prairie avec excès et de ne pas passer le rouleau sur un sol humide ou froid.
Lutte contre les adventices
Le désherbage permet de limiter la concurrence exercée par les adventices sur les graminées et les légumineuses, indispensables à la production d’herbe et de fourrage de qualité. Ces mauvaises herbes constituent également un important réservoir de graines, favorisant leur dissémination rapide et l’apparition de zones de refus.
Selon les espèces présentes et leur densité, deux techniques peuvent être mises en œuvre :
Désherbage manuel
Certaines précautions sont nécessaires selon les espèces ciblées. Le séneçon de Jacob, par exemple, contient des molécules hépatotoxiques pouvant traverser la barrière cutanée : le port de gants est donc indispensable. Une fois arrachée, la plante devra être brûlée.
Le rumex (ou oseille) ne nécessite pas de précautions particulières à l’arrachage, mais une vigilance s’impose concernant les graines, dont la durée de vie dans le sol peut dépasser 70 ans.
Désherbage chimique
Le choix de l’herbicide devra être adapté aux espèces indésirables à combattre et à la flore à préserver. Le traitement s’effectuera sur des prairies peu développées, au printemps ou en fin d’été, par temps poussant (températures comprises entre 10 et 20 °C, sans pluie). Cette période favorise la recolonisation rapide des zones laissées vacantes par les adventices.
Un délai de repos d’environ 20 jours sera nécessaire avant la réintroduction des animaux sur la parcelle.
Certaines espèces persistantes, comme le rumex, peuvent nécessiter plusieurs traitements successifs (un premier en fin d’été, puis un second au printemps).
Sursemis et semis total
Le sursemis ou le semis total seront mis en œuvre en fonction de l’état de la prairie :
- Le sursemis est particulièrement adapté aux petites zones dénudées (abords des râteliers, zones de passage). Il permet d’améliorer le couvert végétal et de limiter l’installation d’adventices comme le plantain.
- Le semis total, réalisé de préférence à l’automne, concerne les prairies fortement surpâturées durant l’été, les parcelles très dénudées ou celles présentant un faible pourcentage de graminées (moins de 30 %). Un semis de printemps pourra être envisagé sur des parcelles sacrifiées durant l’hiver, bien que la concurrence avec la flore existante soit plus importante.
Concernant les espèces semées, il n’existe pas de mélange type. Il conviendra toutefois de privilégier des espèces résistantes au piétinement et à fort pouvoir de tallage (effet gazonnant), telles que le ray-grass anglais, la fétuque rouge ou le trèfle blanc. D’autres espèces pourront être associées (fléole, pâturin, dactyle, vulpin) afin d’assurer une diversité prairiale et une qualité fourragère optimale.
Synthèse
La gestion des prairies n’est pas un art complexe, mais elle nécessite du temps, de la rigueur et des connaissances techniques. Une fois les bonnes pratiques mises en place et le rythme acquis, les prairies fournissent une herbe et un fourrage de qualité, permettant de réduire les coûts de structure grâce à des volumes plus importants et de meilleures valeurs nutritives.
Elles offrent également la possibilité de sortir les équidés plus longtemps au cours de l’année, tout en conservant de bonnes capacités de portance, de perméabilité et de production.