Hébergements équins & bien-être
Le territoire français compte en 2023, selon l’IFCE, 1004 600 équidés, dont 9 682 établissements équestres en 2024.
L’hébergement du cheval constitue l’un des éléments les plus déterminants pour son bien-être physique et émotionnel. Qu’il soit cheval de sport, de loisir, en retraite ou destiné à l’élevage, son environnement influence son comportement, son état émotionnel, sa santé digestive et locomotrice, ses interactions sociales et même son espérance de vie.
Dans un contexte où la filière équine se transforme et évolue, où les propriétaires de chevaux priorisent des infrastructures où les besoins de leur protégé seront respectés, les offres d’hébergement tendent fortement à évoluer.
En effet, les porteurs de projet, de plus en plus nombreux, proposent des modèles durables où s’entremêlent le respect de l’environnement, la gestion raisonnée des pâtures et le bien-être animal.
Comprendre les besoins fondamentaux des équidés
Un animal conçu pour le mouvement continu
À l’état naturel, le cheval se déplace entre 10 et 20 km par jour pour rechercher nourriture, eau, zones de repos et sécurité.
Le mouvement participe à :
- la digestion (motricité intestinale),
- la circulation sanguine,
- la santé des articulations,
- la gestion du stress,
- le maintien de la masse musculaire.
Limiter drastiquement la mobilité, comme cela peut arriver dans certains hébergements entraîne des conséquences directes sur la santé physique et mentale.
Un herbivore doté d’un système digestif fragile
Le cheval est un herbivore non ruminant : il doit consommer des fibres tout au long de la journée de manière fractionnée lui permettant une forte insalivation, une longue mastication et une très bonne tranquillisation psychologique.
Un hébergement adapté doit donc garantir :
- un accès quasi permanent au fourrage,
- des points de distribution répartis pour limiter les conflits,
- l’absence de périodes prolongées de jeûne,
- une alimentation au sol ou dans des systèmes slow-feeding.
Un manque de fibres ou des repas trop espacés peuvent provoquer des désordres digestifs comme des coliques, ulcères gastriques, irritabilité, stéréotypies (tic à l’appui, tic à l’air).
Dans un article précédent « Alimentation du cheval, principes fondamentaux du bien-être animal », nous avons développé les bases de l’alimentation et des besoins des équidés.
Un animal social et hiérarchisé
Le cheval vit naturellement en groupe. L’isolement peut augmenter l’anxiété, réduit la capacité de récupération et peut induire de l’agressivité ou des comportements « indésirables ».
L’hébergement doit ainsi permettre :
- les contacts sociaux,
- la communication visuelle et tactile,
- la constitution de groupes stables lorsque cela est possible.
Un besoin de sécurité émotionnelle
Le cheval, animal de fuite, a un système nerveux réactif aux stimuli externes. Nous allons privilégier un hébergement où celui-ci dispose :
- d’une une bonne visibilité des alentours,
- de l’absence de zones oppressantes ou étroites,
- de la stabilité de l’environnement.
Offrir aux chevaux un cadre de vie innovant respectueux de leur bien-être
Le logement du cheval et les conditions de détention doivent désormais être réfléchis autour du bien-être, de l’ergonomie, de l’écoconstruction, de la sécurité, de l’environnement, le tout, en favorisant au maximum les relations sociales et en respectant le caractère grégaire.
L’hébergement en box encore largement utilisé
À l’heure actuelle, l’hébergement individuel (box) est encore majoritairement utilisé en France. En effet, en 2020, selon l’ingénieure, éthologue Alice Ruet travaillant pour l’IFCE, la majorité des chevaux étudiés dans son enquête, vivent en hébergement individuel en y restant une majeure partie de la journée.
L’apparition des boxes individuels remonte aux grandes écuries royales et militaires. Il s’agissait d’un symbole de prestige et de contrôle du cheval. Son utilisation s’est par ailleurs, démocratisé avec l’apparition des Haras Nationaux, puis standardisé avec le développement des centres équestres et de la professionnalisation des sports équestres.
Rappelons que ce type d’hébergement considéré comme « pratique », engendre des restrictions et des privations aux équidés. Le budget-temps, la libre locomotion et les interactions sociales de ces derniers ne sont pas respectés. Cela favorise ainsi l’augmentation de l’effet rebond, l’apparition de stéréotypies, de pathologies locomotrices et gastriques, ou encore de changements comportementaux envers les humains.
Concernant la surface de celui-ci, il n’existe pas, en France d’obligations mais simplement des recommandations. Il est conseillé, une surface intérieure de 12 à 16m2 en fonction du gabarit du poney ou du cheval.
Dans d’autres pays, comme en Allemagne et au Danemark, la dimension doit être au moins égale à deux fois la hauteur au garrot au carrée et le plus petit côté ne mesurant pas moins de 1,7 fois la hauteur au garrot.
Compte-tenu de l’augmentation des attentes des propriétaires et utilisateurs des établissements équestres en matière de bien-être animal, les établissements sont amenés à réfléchir et concevoir autrement les conditions d’hébergement.
Repenser l’hébergement du cheval
Pour les établissements existants ne souhaitant ou ne pouvant pas investir des sommes importantes, l’enjeu est de transformer et d’adapter les infrastructures déjà existantes en concevant des écuries libres (ouvertes), en améliorant pour les chevaux hébergés en box le protocole des sorties en prairie ou paddock. Pour les chevaux hébergés en semi- plein air (abris non naturels) ou en plein air (abris naturels), il s’agit d’aménager les pâtures avec le principe de piste (ou paddock paradise) afin d’encourager le mouvement des chevaux.
En ce qui concerne les écuries pouvant investir et les nouveaux projets d’installation, la seule limite est l’imagination des gérants ! En effet, une multitude de solutions existent afin de tendre un mode de vie optimal pour les équidés, le tout en prenant en compte le principe d’éco-conception qui est à l’heure actuelle un autre enjeu majeur de la filière.
Voici une liste non-exhaustive des nouveaux modes d’hébergement :
Le concept d’écurie active vient tout droit d’Allemagne. Encore peu présent en France aujourd’hui (on compte une cinquantaine d’écuries sur le territoire), l’écurie active permet aux chevaux d’être au plus proche de leur état naturel, de répondre à leurs besoins fondamentaux et de prévenir des pathologies comportementales, pulmonaires, locomotrices ou encore gastriques. Le principe de l’écurie active répond aux limites de l’hébergement individuel dans une problématique d’optimisation de l’espace (on compte au minimum 100m2 par cheval d’espace de vie et 10m2 de couchage). Autrement dit, l’objectif est d’aménager une surface stabilisée avec différents points d’intérêts et des accès à différentes pâtures en fonction de la saison. Tel un village, les chevaux y trouvent une zone de jeu, de roulade, un distributeur automatique de concentré, des râteliers avec du fourrage à volonté, un bar à pierre à sel, une jardinière contenant des plantes médicinales, un dortoir etc.
Le concept d’écurie dynamique quant à lui, veut simplement dire que les chevaux ne disposent pas d’une alimentation concentrée automatisée.
Écurie active Perrine Carlier, Normandie, France.
Paddock paradise ou équi-piste
Les chevaux sont amenés à emprunter des parcours (certaines écuries proposent même certains passages en forêt) dessinés par l’Homme afin de se rendre dans les zones d’intérêts. Cela favorise et encourage la libre locomotion des équidés.
Écurie Normandel, Normandie, France.
Box-terrasse
En plus du box traditionnel, les équidés ont un accès à l’extérieur qui est constitué d’une zone en sable stabilisée ainsi qu’à une petite zone en herbe partagée avec un congénère.
Stabulation en duo
Correspond à la modularité de l’espace de vie. Passage d’un box individuel à un espace commun pour deux individus grâce à des cloisons amovibles. Certaines écuries proposent un râtelier commun pour deux boxes avec approvisionnement mécanique par le couloir. Cela encourage et maintient les relations sociales entre les équidés hébergés dans les boxes.
L’hébergement équin ne se résume plus à un simple espace où loger un cheval. Il constitue aujourd’hui un levier de bien-être, de santé, de performance et de durabilité économique.
Concevoir un hébergement adapté, c’est offrir au cheval un environnement aligné avec sa nature, réduire les risques sanitaires, améliorer la qualité de travail et augmenter l’attractivité de la structure.
Pour les porteurs de projets, l’intégration du bien-être dans la conception des hébergements devient un avantage stratégique majeur.